Des difficultés de la crise à l’espoir d’une grande exploitation agricole

Thierry débroussaille son champ avec l’accompagnement et le suivi des Relais Techniques Agricoles (RTA), pour favoriser de bonnes pratiques agricoles et améliorer sa production dans le quartier Nouvelle Base, à Mbrès/ @David Herson Ningatoloum Boul
Des difficultés de la crise à l’espoir d’une grande exploitation agricole
Dans le quartier de la Nouvelle Base de la ville de Mbrés, un cultivateur de 34 ans transforme l’aide reçue dans le cadre du projet Réponse d’Urgence à la Crise Alimentaire en République Centrafrique (PRUCAC) du gouvernement centrafricain sous financement de la Banque Mondiale en moyens de production et nourrit désormais un rêve plus grand, développer son exploitation agricole pour mieux faire vivre sa famille.
Très tôt le matin, lorsque Thierry se rend dans son champ situé à plus de 11 km, il ne voit pas seulement une parcelle de terre à cultiver mais son avenir.
À 34 ans, ce cultivateur de la communauté, a fait de l’agriculture bien plus qu'une simple activité génératrice de revenus. Pour lui, la terre représente une possibilité de construire progressivement une vie meilleure pour sa famille et de prendre une place plus importante dans le développement de sa communauté. « Je suis cultivateur âgé de 34 ans. J’ai 6 enfants avec deux femmes qui m’aide beaucoup dans mes activités champêtres » Mais derrière cette ambition se cache un parcours marqué par les difficultés.
Quand la crise bouleverse les projets
Avant la crise, Thierry pouvait compter sur son activité agricole pour subvenir aux besoins de son ménage. Comme beaucoup de cultivateurs, il savait que chaque saison agricole demandait des efforts, mais il pouvait encore envisager la prochaine campagne avec une certaine confiance. Puis, la situation s’est dégradée.
Les difficultés qui ont touché sa communauté ont également affecté les activités économiques et agricoles. Pour Thierry, l’un des premiers obstacles est devenu l’accès aux moyens de production. Les prix des semences et des autres intrants agricoles ont augmenté, alors que ses ressources, elles, n’avaient pas suivi le même rythme ; au contraire, elles se sont affaiblies. D’année en année, le défi se faisait plus colossal. Il fallait constamment arbitrer entre l’urgence de la survie immédiate et l'achat des semences, unique espoir de nourrir la famille à la prochaine récolte. « Tout a commencé depuis 2013 avec l’avènement de la Seleka, puis ont suivi des conflits communautaires. Après ces événements, nous avons vraiment eu des difficultés à nous relever, car tout est devenu cher ici, les semences de maïs, de mil, d’arachide, etc. »
Thierry se retrouvait alors face à une situation particulièrement difficile, avoir la volonté de cultiver, disposer de terres, mais manque de moyens nécessaires pour les mettre pleinement en valeur. Même lorsqu’il réussissait à économiser un peu d’argent, il devait faire des choix. Acheter des semences ? Acheter des outils ? Nourrir sa famille ? Répondre aux besoins de santé et d’éducation. Il devenait difficile de répondre à tous ces besoins en même temps.
Une aide qui lui permet de remettre les pieds dans son champ
C’est dans ce contexte que l’appui du Projet de Réponse d’Urgence à la crise Alimentaire en Centrafrique (PRUCAC) mis en œuvre par Oxfam en accord avec le ministère de l’Agriculture et du développement rural (MADR) sous le financement de la Banque mondiale est arrivé. Pour Thierry, recevoir des semences agricoles a représenté un changement concret. Il pouvait enfin envisager de remettre son champ en production sans consacrer l’ensemble de ses ressources à l’achat des semences. « Avant, pour avoir les graines, malgré l’argent qu’on avait, c’était difficile à cause de la crise. Mais grâce aux semences que nous avons reçu d’Oxfam, à savoir : 40 kg d’arachide, 12 kg de maïs et 12 kg de niébés, cela nous a beaucoup aidés et nous a permis de planter nos champs. » Cette phrase résume une réalité importante pour Kevin « l’aide ne m’a pas seulement permis de recevoir des semences. Elle m’a redonné la possibilité d’agir. »
Là où les difficultés avaient progressivement réduit ses possibilités, l’appui reçu lui a permis de recommencer à préparer ses champs, à planter et à regarder de nouveau vers la prochaine récolte.
Du Cash pour travailler… et nourrir sa famille
L’accompagnement ne s’est pas limité aux intrants agricoles. « J’ai également bénéficié d’une assistance en espèces (Cash) de 45000 francs CFA. Une partie de cette assistance m’a permis d’acheter les outils dont j’avais besoin pour travailler, tels que des pelles, des houes et des machettes. » Avec ces outils, Thierry dispose désormais de moyens supplémentaires pour poursuivre les travaux dans son champ. Mais l’assistance en espèces lui a également permis de répondre à une autre priorité, celle de nourrir sa famille pendant la période des travaux agricoles. « Le reste de l’argent, je m’en suis servi pour acheter de quoi manger à ma famille, pour leur donner la force de m’aider dans mon champ. »
Thierry cultivait sur 1 hectare et demi. A la suite de cet appui, il a élargi son champ en emblavant 3 hectares. Grace à l’assistance reçue, Thierry a pu non seulement garantir l’accès à la nourriture pour sa famille mais il s’est également acheté des outils pour renforcer sa production agricole. Cet appui a permis de garantir une force de travail en cette période de soudure. L'assistance lui a donc permis de faire face à ces deux réalités en même temps, relancer son activité et soutenir son ménage.
Quand l’aide devient un nouveau départ
Aujourd’hui, lorsqu’il parle de son activité, le ton de Kevin est différent. Il ne parle plus uniquement des difficultés provoquées par la crise. Il parle aussi de ce qu’il peut désormais faire et surtout de ce qu’il aimerait accomplir demain. Il se souvient de la période où même l’achat de quelques sacs de semences constituait un véritable défi. Aujourd’hui, il a pu mettre en valeur son champ et recommencer à réfléchir à l’avenir. « Je remercie beaucoup le partenaire Oxfam, le gouvernement Centrafricain et la Banque Mondiale pour leur don. Grâce à cet appui, je peux dire que tout va bien. Nous n’avons pas demandé leur aide, mais ils nous ont choisis. »
Pour Thierry, cette aide est arrivée à un moment où ses possibilités étaient limitées. Elle lui a permis de franchir une première étape, reprendre son activité agricole. Mais Kevin ne veut pas s'arrêter à cette reprise.
Un rêve plus grand que son champ actuel
Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite pour la suite, Thierry ne parle pas seulement de la prochaine saison agricole. Il a une grande vision, devenir un grand cultivateur dans sa région. Mais pour atteindre cet objectif, il sait que le travail manuel présente des limites. Préparer, semer et entretenir plusieurs grandes superficies avec uniquement des outils manuels demande énormément de temps et de main-d’œuvre.
Thierry rêve donc de pouvoir disposer de moyens de production plus importants. « Je demande à avoir du bétail et des machines agricoles pour m’aider à exploiter plusieurs surfaces en peu de temps, parce qu’avec la main-d’œuvre manuelle, on ne peut pas exploiter une très grande superficie. » Derrière cette demande se cache une ambition bien précise, agrandir progressivement son exploitation et augmenter sa capacité de production. Il ne parle plus seulement de survivre à une crise, mais de produire davantage. Il parle de pouvoir mieux soutenir sa famille et surtout, il parle d’avenir. Il veut devenir une référence en termes de production agricole dans sa région.
De la survie à la projection.........................
L’histoire de Thierry ne se résume donc pas à une distribution de semences ou à une assistance en espèces (cash). Elle raconte le parcours d’un cultivateur qui, dans un contexte difficile, a retrouvé certains moyens nécessaires pour reprendre son activité et recommencer à se projeter. La crise avait réduit ses possibilités. L’appui reçu lui a permis de retrouver une partie de ces moyens.
Aujourd’hui, son ambition va au-delà de la prochaine récolte. « Je veux agrandir mon exploitation, produire davantage, disposer de moyens qui me permettent de d’exploiter plusieurs superficies. Et, surtout pouvoir offrir à ma famille des conditions de vie meilleures. » Son histoire montre ainsi comment une assistance d’urgence peut constituer, pour une personne affectée par une crise, un point de départ vers la reprise et la reconstruction d’un projet d’avenir.

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